Karl Popper n'écrit pas toujours des livres très faciles à lire mais il a formulé des remarques très pertinentes sur les sciences et leurs limites.
«
peu importe le grand nombre de cygnes blancs que nous puissions avoir observé, il ne justifie pas la conclusion que tous les cygnes sont blancs » (Karl Popper).
http://dogma.free.fr/txt/AKM_Popper03.htmPar ailleurs, les sciences reposent toujours sur des postulats, des fondements. Interroger ces postulats, ces fondements, fait partie du travail scientifique ou épistémologique, disons.
Avant la physique quantique, le sujet était toujours séparé de l'objet et il était même ignoré (relégué aux sciences humaines). Depuis lors, on sait qu'on ne peut plus "être dans le vrai" si l'on ne tient pas compte de l'expérimentateur.
De plus, ce qu'on prend pour de la science relève souvent de la fiction... Les galaxies ont des couleurs inventées car les yeux humains ne perçoivent pas les rayons X, gamma ou autres en couleurs ! Les photos atomiques en couleurs sont aussi des inventions picturales car les photons (la lumière) ne peut pas pénétrer l'infiniment petit...
Au sens strict, les images de la science sont plus des oeuvres d'art que des clichés de la réalité...
Cela pose toujours un problème d'adopter et d'adapter les images perçues par des technologies (des machines).
La science finalement, par ses artifices (fausses couleurs, etc.), par ses technologies, est extérieure à l'homme (à son esprit).
De ce fait, elle est inadaptée pour décrire ce qui est intérieur à l'être...
Un scanner ne sonde pas nos pensées, nos rêves, nos sentiments... mais nos neurones, notre matière cérébrale...
La voiture n'est pas le conducteur... En démontant une voiture pièce par pièce et même en la remontant, on en saura jamais plus sur la personnalité du conducteur...
Quand on sépare le sujet des objets, la science est prisonnière du monde extérieur. Elle devient inopérationnelle pour les univers intérieurs.
Or, a-t-on le droit de dire pour autant : parce que la science est incapable d'explorer l'être de l'intérieur alors cet être n'existe pas ou est soumis au doute ?
L'être est notre réalité la plus immanente, elle est certainement plus réelle que le monde extérieur que la science objective... Car sans esprit, aucune théorie, aucune vérification, aucune analyse, aucune synthèse...
Les hindous redéfinissent le terme "subjectif" : c'est la réalité telle que le sujet l'expérimente.
La science ne sait être qu'objective : elle pose un objet devant le sujet, qu'elle sait disséquer...
Pour les hindous, l'enjeu est de dépasser le mental qui, comme la science, ne cesse d'objectiver les choses (distinguer les objets, les concepts, les analyser, les opposer, etc.).
Plus nous devenons capable de dépasser les apparences des objets qui sont séparés, plus nous nous rapprochons d'une science subjective (explorée de l'intérieur, dans le sujet lui-même).
En expérimentant les réalités intérieures, en les corroborant, on aboutit aussi à une science... mais celle-ci est celle du sujet : subjective.
On peut prendre comme exemple l'acupuncture dont les méridiens sont connus par expérience, le yoga dont les effets physiologiques et psychologiques sont connus par expérience. En fait, la spiritualité indo-tibétaine est une science subjective : elle est vécue par le sujet lui-même. Elle n'est plus objective : elle ne sépare plus le sujet des objets.
Ici, le vocabulaire est différent, il n'y a plus de sens péjoratif lié au terme "subjectif" : ce n'est plus "le délire personnel" invérifié de l'occident....
Car le paradigme est absurde : on voudrait vérifier par des machines que la réalité vécue intérieure du sujet est bien une réalité vécue intérieure... Mais dès qu'une machine s'en empare, elle en fait forcément autre chose : quelque chose d'extérieur au sujet lui-même...
On voit donc le cercle vicieux propre aux sciences "dures". Si la science reste dualiste, elle échouera toujours à percevoir les réalités intérieures que peut explorer le sujet...
Autrement dit, la science n'a pas les outils adéquats, les bons postulats, pour explorer les réalités intérieures...
C'est d'ailleurs pour cela, qu'un nom nombre de scientifiques scientistes ne veut plus entendre parler d'esprit, de sujet, de conscience, etc. L'esprit est "en trop"...
Voilà pourquoi certains épistémologues ont dit que la science s'occupait seulement des objets extérieurs : de ce qui était mort... Puisque la vie, c'est l'être, et qu'il n'existe pas encore une science de l'être "de l'intérieur". Une science ontologique. Hormis, bien sûr les oeuvres philosophiques...
On ne peut raisonnablement pas douter de l'être, qui est notre expérience de chaque jour et de chaque nuit (par les rêves).
Les hindous disent aussi qu'en occident, la science ne s'occupe que du domaine diurne (quand l'esprit est réveillé). Et donc que c'est très pauvre comme capacité à synthétiser une vraie science de l'être... Eux affirment qu'ils prennent en compte la totalité des expériences vécues : la vie diurne, la vie onirique, le sommeil profond et les états transcendants (que nous nommons, en occident, "états modifiés de conscience").
Une science de l'être n'a pas le droit de bannir l'être car il ne peut se soumettre aux focales des microscopes électroniques...
L'amour, la liberté évolutive ne se valident pas sous un microscope...